Louis-François du Buc

Biographie selon les archives de la famille Du Buc ou les archives publiques

Le comte Louis-François du Buc

« nommé Intendant de la Martinique par Louis XVIII »

Louis-François, comte du Buc 1759-1827, porte-parole des colons martiniquais, fait Chevalier de L’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis en 1814 par Louis XVIII, fait Chevalier de la Légion d’Honneur par Napoléon, Député de la Martinique de 1802 à 1814, Président de l’Assemblée Coloniale de la Martinique de 1789 à 1793, Président du Conseil Souverain de la Martinique 1794, Intendant-Administrateur de la Martinique de 1814 à 1818 (nomination le 13 juin 1814 par brevet du roi Louis XVIII). On a également honoré Louis-François du Buc en lui accordant le titre de comte par brevet royal de dignité, confirmé par ordonnance de Louis XVIII donnée au château des Tuileries le 22 octobre 1823 (Duplicata famille Du Buc).

SA JEUNESSE DORÉE ET BIEN RANGÉE. A LA MORT DE SON FRÈRE AINÉ EN 1786, IL DEVIENT LE « NOUVEAU CHEF DE FAMILLE » À LA MARTINIQUE. À LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION, LA MARTINIQUE ET SES SŒURS  SONT RICHES ET PROSPÈRES. BIENTÔT LA RÉVOLUTION ET LE TRAITÉ SECRET DE WHITEHALL EN 1793 POUR PROTÉGER LA MARTINIQUE. DE RETOUR SUR SON ÎLE TOUT EN SERVANT L’EMPEREUR NAPOLEON IER ET SA COUSINE L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. SES DERNIÈRES ANNÉES DE VIE ET LA RÉCOMPENSE DU ROI LOUIS XVIII. L’ÉGLISE RÉAGIT FACE A LA PRATIQUE DE L’ESCLAVAGE. VERS L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE AUX ANTILLES. TOMBE DES  FILLES DE LOUIS-FRANÇOIS DU  BUC AU CIMETIÈRE PARISIEN DU PÈRE LACHAISE. QUAND LE COMTE DE VAUGIRAUD, GOUVERNEUR DE LA MARTINIQUE, ETAIT JALOUX DE LOUIS-FRANÇOIS DU BUC, INTENDANT DE LA MARTINIQUE. QUE DE QUERELLES… CARTES POSTALES ET PHOTOGRAPHIES ANCIENNES.

Cet article est issu, en partie, de l’ouvrage « La Saga des Du Buc » écrit en 2013 par Y.B. du Buc de Mannetot avec la collaboration de son cousin F. Renard-Marlet, dans lequel sont reproduits les portraits des membres de la famille Du Buc des Antilles et de Normandie, avec plans, cartes, textes anciens, preuves de noblesse, attestations notariées, lettres, photographies, lithographies, cartes postales anciennes, affiches, gravures, invitations, tableaux, pastels, gravures, état-civil, aveux seigneuriaux, ordonnances du roi, nominations, condamnations, commémorations…

Portraits 

Il existe deux portraits connus de Louis-François, comte du Buc 1759-1827, porte-parole des colons martiniquais, fait Chevalier de L’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis en 1814 par Louis XVIII, fait Chevalier de la Légion d’Honneur par Napoléon, Député de la Martinique de 1802 à 1814, Président de l’Assemblée Coloniale de la Martinique de 1789 à 1793, Président du Conseil Souverain de la Martinique 1794, Intendant-Administrateur de la Martinique de 1814 à 1818 (nomination le 13 juin 1814 par brevet du roi Louis XVIII). On a également honoré Louis-François du Buc en lui accordant le titre de comte par brevet royal de dignité, confirmé par ordonnance de Louis XVIII donnée au château des Tuileries le 22 octobre 1823 (Duplicata famille Du Buc) : une gravure de Louis-François dont l’originale se trouve dans les Archives des Colonies au Ministère de l’Outre Mer, gravure repris dans le livre « La Révolution à la Martinique » du ministre Henry Lémery. Et un pastel couleur de la Collection famille Du Buc. On peut voir ces portraits dans « La Saga des Du Buc ».

Documents :

On peut voir ces documents dans « La Saga des Du Buc ».

-Louis-François du Buc, Président de l’Assemblée Coloniale de la Martinique, écrit le 14 janvier 1790 au Ministre de la Marine et des Colonies. Arch. Nationales à Paris. Cote C8A96-1790 F°61. Signature de Louis-François du Buc : « Du Buc fils ». On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

-Photo de 1935 à Fort-de-France : Tricentenaire des Antilles. Le  Gouverneur de la Martinique (au centre)  a invité Mr Désiré du Buc (à droite avec la croix) dont la famille a joué un rôle politique important durant la colonisation : des documents et archives de famille avaient été prêtés et exposés à la Maison du Gouverneur. On a beaucoup parlé sur le rôle de Louis-François du Buc pendant l’occupation anglaise.

-Le comte Louis-François du Buc, dit « le chevalier du Buc » (biographie succincte de la page 322 de son livre) par le martiniquais Henry Lémery (1874-1972), avocat, député, sous-secrétaire d’Etat, sénateur, Ministre de la Justice (Garde des Sceaux), dans son ouvrage « La Révolution Française à la Martinique » (Edition Larose, Paris, 1936). 

Sa jeunesse dorée et bien rangée. A la mort de son frère aîné en 1786, il devient le « nouveau chef de famille » à la Martinique.

          Il est né le 22 mai 1759 à Trinité en Martinique. Il est le fils cadet de Jean-Baptiste du Buc. Son frère aîné était mort jeune. C’est donc lui qui portera sur ses épaules toute la gloire des du Buc en prenant le soin de mener une vie de haute notoriété sans reproche. Il se déclarait « honnête homme »… « Il est intelligent, d’une culture générale étendue, d’une éducation parfaite et d’une inébranlable fermeté » selon les comptes rendus de l’Assemblée Coloniale.

          Il avait fait ses études à l’Ecole d’Artillerie de Strasbourg. Il a été nommé, à l’âge de 16 ans, sous-lieutenant au Régiment de Bouillon et y restera neuf ans. Il avait fait campagne à Mahon, à Gibraltar, à Cadix, avait démissionné en 1783.

          En 1786, son frère aîné, prénommé Pierre VI du Buc, est marié à sa cousine à Aimée du Buc de Bellefonds, est mort à Saint-Pierre. Il était major de la milice de l’île et « vénérable » d’une loge maçonnique de Saint-Pierre. Il eut une double cérémonie funéraire, l’une à la loge, l’autre à l’église.

A la veille de la Révolution, la Martinique et ses sœurs  sont riches et prospères.

           En 1784, la France pour obtenir un entrepôt à Gothembourg, cède l’île de Saint-Barthélemy à la Suède, mais la récupérera grâce au Traité du 10 août 1877. Mr Couturier, Gouverneur de la Guadeloupe à cette époque, en prit solennellement possession le 16 mars 1878.         

          En 1787, Louis XVI crée « l’Assemblée Coloniale. Les citadins et les ruraux se disputent au sein de cette Assemblée ; les premiers se plaignant d’avoir été moins favorisés que les seconds. Cette rivalité ne fait qu’augmenter et sera le point de départ de cette lutte violente qui durera pendant toute la Révolution. La première Assemblée Coloniale l’élut Président.

           Destiné à la diplomatie, Louis-François parcourut ensuite une partie de l’Europe. Il se trouvait à la Martinique en 1789 chargé par le Ministère de la Marine d’une mission aux colonies et de visiter les Antilles.

          L’île était alors en pleine prospérité. On pouvait la comparer à un jardin véritable dont pas un pouce de terrain ne restait inutilisé. On y comptait 27 cantons ou quartiers. Les cultures du coton, du café,  du  tabac  y étaient florissantes et surtout l’industrie sucrière qui avait valu à nos petites Antilles le surnom d’ « Isles-à-Sucre ». Les routes sillonnaient l’île, longeant les mornes accidentés. Les plantations réjouissaient la vue. Un port de sécurité exceptionnelle : Fort-de-France, alors Fort-Royal, abritait les navires de guerre. Saint-Pierre était une ruche bourdonnante et affairée. Cette cité marchande et opulente, bâtie en amphithéâtre, pourvue de beaux squares et de maisons confortables, atteignait un degré de richesse inouïe.

          Pauvre Saint-Pierre, qui, en 1902, fut enseveli sous les laves de la Montagne Pelée ! A cette heure, en 1789, elle était reine des îles et c’était le travail de nos pionniers de 1635 qui portait ses fruits. Son carnaval était impressionnant : « ici la ville entière est descendue dans la rue, la ville entière a pris le masque, elle chante, elle danse, elle agite ses grelots » comme l’écrit si bien Louis Garaud, Vice-Recteur de La Martinique, en 1891. La reconstruction fut plus terne. En 1931, « Saint-Pierre s’étend le long du rivage, à plat et n’offre aux yeux qu’une ligne de maisons ternes, basses, sans caractère. Elle a une rade demi-circulaire immense, mais exposée aux vents et aux raz-de-marée, surtout pendant l’hivernage ».

          Les noms de la première heure n’étaient pas oubliés. On trouvait encore le morne D’Orange, la baie du Buc, Font-Capot au Lorrain, Case-Pilote après la ville de Schœlcher.

          A côté du mouvement agricole et commercial, il y avait une société choisie et brillante. Les fêtes étaient somptueuses à Fort-de-France, siège du gouverneur et du Conseil Souverain.

Bientôt la Révolution et le Traité secret de Whitehall en 1793 pour protéger la Martinique.

          En 1789, la Martinique commence à s’agiter, notamment un certain jour de septembre 1789, comme l’écrivent nos lointains cousins dans des lettres, où un jeune homme avait osé assister à une représentation au Théâtre de Saint-Pierre avec un chapeau portant une cocarde bleue, blanc, rouge ! A Saint-Pierre, les têtes étaient  vives. On commença alors à adopter avec ardeur les idées nouvelles. A Fort-de-France, et dans le reste de l’île, moins bien. Il s’ensuivit une ère de malentendus, de tracasseries, et de rivalités, d’attentats et de meurtres, qui eurent tôt fait de changer l’île en un vaste champ de bataille. Le tome V de Sydney Daney est rempli de ces lamentables récits. En France, Jean Philippe du Buc de Marnière, représentant les Du Buc de la Martinique prit part en 1789 aux Assemblées de la Noblesse tenues à La Rochelle. Les Du Buc de Normandie « les Du Buc de Brémont », habitants la paroisse de Vatierville, font de même mais se font représenter par Mr de Cacqueray de L’Orme (pour Bretagnolles) et Mr Le Vaillant (pour Brémont).

          Membre de l’Assemblée Coloniale dès 1787, Président de son Comité Permanent (Confédération de Planteurs) le 10 décembre 1790, Monsieur du Buc en devint vice-président puis président en 1792. Cette Assemblée Coloniale est de tendance autonomiste et s’est opposé aux patriotes de Saint-Pierre de la Martinique. Louis-François accepte la présence et la représentation d’hommes de couleurs libres dans cette Assemblée.

          Il était, comme l’on dit, l’homme fort de la Martinique, tout en ayant un sang froid surprenant comme par exemple à l’été 1790 : il n’a aucune crainte quant aux troubles militaires qui se déroulent à La Martinique. Quand la garnison de Saint-Pierre et celle de Fort-de-France s’allièrent aux patriotes révolutionnaires, Du Buc resta calme et essaya de trouver une solution raisonnable et pacifique pour retrouver une unité entre les propriétaires terriens et les travailleurs-artisans-commerçants. On savait également que la présence de noirs armés, au milieu des troupes régulières, multipliait le marronnage (la fuite d’esclaves des plantations), mais Du Buc, propriétaire d’esclaves sur ses terres comme ses cousins, demandait aux colons de rétablir la situation calmement avec « des ordres de clémences » !

Du Buc avait un comportement antirépublicain mais étant donné la situation de son père et la sienne propre, il était peu enclin à militer en faveur de la monarchie qui s’apprêtait à le ruiner, vu les dettes familiales qui existaient, mais était partisan de tout changement susceptible de faire annuler les créances de son père. L’historien Lémery déclare même : « il avait des dettes immenses dont une bonne partie avait été contractée par Jean-Baptiste du Buc » son père.

           Par son Conseil Souverain, la Martinique se gouvernait un peu à la manière d’une petite république féodale. En 1793, cette Assemblée, lasse des désordres croissants et profondément blessée par les exigences de la Convention, envoya trois émissaires secrets à Londres pour demander des secours et négocier un accord. Cette idée lui avait été fournie par les terroristes eux-mêmes qui, dès le début de la guerre civile, avaient cherché l’appui clandestin des gouverneurs anglais voisins. Ces trois émissaires étaient les chevaliers L.de Curt, L-F. du Buc et Clairfontaine.

         Mais Louis-François s’était déjà tourné secrètement du côté des Anglais et entra  secrètement en rapport avec eux. On présente Monsieur du Buc alors comme « hypocrite, intrigant, intéressé, subordonnant tout à ses intérêts ». Il entra en lutte contre le comte de Béhague, qui représentait le roi. Louis-François alla à Paris pour porter les revendications des planteurs, avec Clairfontaine et L. de Curt.

           Se rendre à Londres était un projet hardi. Seuls des hommes intègres, et au dessus de tout soupçon, pouvaient le mener à bien. Mais le caractère des trois envoyés était à la hauteur de la mission. Le Conseil Supérieur de la Martinique n’avait point coutume de donner sa confiance à la légère. Avec prudence et circonspection, les trois diplomates s’employèrent à procurer à leur petite patrie le remède « nécessaire », remède analogue à ceux, qu’en péril de mort, on est obligé d’employer.

           Après s’être rendus à Paris, les trois émissaires allèrent à Londres. Après beaucoup de pourparlers, ils obtinrent un pacte temporaire qui, tout en mettant l’île sous la protection anglaise, stipulait qu’elle ferait retour à la France sans compensation, et plus précisément à un souverain français de la famille de Bourbon, aussitôt que l’ordre y serait rétabli. Les clauses de ce traité furent si bien faites que, dès 1802, le retour s’opéra sans difficultés. Ce traité conclu avec le cabinet de S.-James s’appela le Traité de Whitehall signé le 19 février 1793.

          Et justement, c’est à partir de cette signature d’accord de Whitehall que la France Républicaine et la Grande-Bretagne sont en guerre ! En juin 1793, les Anglais attaquent la Martinique : Du Buc fait partie du corps expéditionnaire. Il avait fait croire aux autorités britanniques qu’ « il suffisait qu’une expédition anglaise se présentât, et que les Forts seraient remis aux troupes anglaises pour protéger la Colonie contre la République, tout en y laissant flotter le drapeau blanc comme signe de la souveraineté de la France » selon Sidney Daney.

         Cependant, cette première expédition est un échec, et Louis-François du Buc doit se réfugier à la Dominique d’où il entretenait « une correspondance secrète avec les campagnes ». Il avait des amis partout aux Antilles, et pouvait être reçu avec une grande hospitalité chez la plupart des colons.

Une nouvelle expédition s’exécuta et, cette fois, on assista à l’abandon de l’île par les républicains français le 20 mars 1794. Du Buc revint à la Martinique sur le navire anglais « Vengeance » et le gouvernement nouveau ne se substituant pas au roi de France pour ce qui touchait les dettes des du Buc, la famille fut sauvée de la ruine.

Selon Henry Lémery (page 291 de son livre), « la Révolution était terminée…..

          Le 24 mai 1794, Louis-François fut nommé administrateur général de  la Martinique et s’acquitta de cette charge à la satisfaction des colons. Il fut remplacé en 1796 par Sir Robert Milnes; puis le 15 août 1795, devint membre du Conseil privé des colonies anglaises, sans traitement. La cerise sur le gâteau est qu’il devint Président du Conseil Souverain.

            Pour les uns (ses ennemis politiques jaloux), il était un « traître », pour les autres (les fidèles amis et colons « petits blancs » et « grands blancs ») il était un « grand homme », car le traité qu’il avait signé, assura à la Martinique sa non-occupation.

La Martinique recouvra donc le calme et la paix nécessaires à son redressement. Ses industries fleurissent et le futur Napoléon Ier eut plus tard la paix d’Amiens, la chance de regagner une île en plein rendement économique.

Présentation de Mr du Buc et de Mr de Curt au roi d’Angleterre le jeudi 8 avril 1802 par Lord Hobart (The Morning Chronicle, journal). On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

De retour sur son île tout en servant l’empereur Napoléon Ier et sa cousine l’impératrice Joséphine.

Louis-François s’installa vraiment définitivement à la Martinique en 1801. Et par sa modération et sa fermeté, Louis-François du Buc, Président de l’Assemblée Coloniale, sauva l’île de la fureur des divers partis.

          De 1802 à 1814, il fut député de la Martinique auprès de l’empereur. En 1802, à la suite du Traité d’Amiens qui restituait la Martinique à la France, Louis-François fut chargé par les colons de représenter leurs intérêts auprès du Premier Consul. Accusé d’anglophilie, il n’attira pas moins sur lui l’attention de Bonaparte qui résolut d’étudier et de gagner cet homme extraordinaire, même si Bonaparte semblait lui tenir rigueur. Bonaparte « n’ignorait pas la part que Du Buc avait pris aux évènements passés à la Martinique et qu’il avait été l’un de ces planteurs qui, préférant l’étranger au gouvernement anarchique et sanguinaire de la Convention, avaient contribué à appeler les Anglais sur le sol de la République ». Louis-François fut tenu « dans une espèce de disgrâce pendant assez longtemps ». N’oublions pas que l’impératrice Joséphine était sa cousine éloignée et qu’elle avait passé son enfance chez tous les colons qui cousinaient entre eux.

           Le hasard fit bien les choses. C’est Louis- François qui, étant à Paris, présenta en 1804 l’ « adresse » des Martiniquais au nouvel empereur. Louis-François était donc le porte-parole des colons : « Sire, dit-il, la Martinique à la distance où elle est du centre de l’Empire n’a pu joindre son vœu à celui de la France entière qui a placé Votre Majesté Impériale sur le trône. Mais aucune partie ne peut voir cette élévation avec plus de joie, ne doit y concourir avec plus d’empressement… » L’Empereur répondit : « La Martinique m’est chère à plus d’un titre… Ecrivez à ceux qui vous envoient que mes sentiments pour eux sont aussi invariables que mon estime… »

          Puis, Louis-François du Buc dit à l’Impératrice : « Madame, les Français révèrent et chérissent en votre Majesté Impériale, la compagne qui embellit les jours de leur auguste souverain et qui n’use de sa puissance que pour contribuer à son bonheur. La  Martinique   s’enorgueillit   d’avoir  vu  naître  celle  que  la  Providence réservait à de si hautes destinées et qui s’en montre si digne. L’éclat qui l’environne semble rejaillir sur cette colonie. Ses habitants entendent, avec transport, raconter que l’humanité et la bienfaisance sont assises sur le trône, à côté de Votre Majesté, qu’Elle est plus ornée de ses grâces que de sa couronne, que les avantages qu’elle tient de son rang disparaissent sous le charme de ses qualités personnelles… Et, plus touchés de sa bonté que frappés de sa gloire, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils remplissent un devoir en lui offrant des hommages qui sont l’élan du sentiment le plus pur… »

           De si délicates louanges furent appréciées comme il convenait car l’impératrice Joséphine était une martiniquaise née aux Trois-Ilets, où habitait Louis-Guillaume Marlet, voisin de ses parents, et père du mari de la sœur d’Aimée du Buc de Rivery. D’ailleurs, voici une lettre datée du 27 janvier 1787 à Fontainebleau de Joséphine adressée à Louis-Guillaume Marlet (1738-1799) demeurant Les Trois-Ilets à La Martinique:

         « Je suis bien fâchée, Monsieur, de vous contrarier en vous assurant que ce n’est point par dépit que je prends la plume pour vous écrire ; la reconnaissance dont je suis pénétrée des marques d’amitié que vous m’avez données pendant votre séjour en France et que vous continuez doit vous être un sûr garant du plaisir que j’ai de recevoir de vos nouvelles, de vous demander des vôtres et de vous convaincre de l’attachement bien sincère que je vous ai voué.

         J’espère à l’avenir n’avoir plus les mêmes raisons qui m’ont empêchée de vous répondre. Ma tante a été bien malade… sa santé est bonne dans ce moment-ci ; elle serait encore meilleure si je recevrais des nouvelles satisfaisantes de mon papa et de maman. Vous ne sauriez vous imaginer, Monsieur, tout ce qu’éprouve ma sensibilité ; je voudrais être sûre d’une occasion pour vous ouvrir mon cœur, vous verriez combien il souffre. D’ailleurs, vous connaissez déjà ma position ; elle n’est point changée, il s’en faut. La santé de ma sœur me chagrine beaucoup. Si l’air de la France lui était favorable, maman pourrait profiter de l’occasion de mon oncle pour l’envoyer ; nous avons ici un médecin très habile, qui peut-être la guérirait.

         Il faut être bien sûre de votre indulgence, Monsieur, pour vous entretenir de tous mes chagrins. Je désire que vous n’en ayez jamais. Si par malheur vous vous trouviez dans ce cas, vous me rendrez assez de justice pour être persuadé que je les partagerai bien véritablement. Je vous prie d’en être convaincu comme des sentiments que vous savez si bien inspirer et avec lesquels j’ai l’honneur d’être…

         Oserai-je vous prier, Monsieur, de me rappeler au souvenir de Mme Marlet. J’ai oublié de mander à mon papa qu’il ferait grand plaisir à ma tante de lui envoyer du café des Ances-d’Arlets ; elle en fait une grande consommation chez elle, et mon papa est jaloux d’avoir du bon café. Je vous serai bien obligée, Monsieur, de lui en parler. »

                                                        Rose (future Joséphine) de Tascher de La Pagerie

L’attitude de Louis-François, qui sut louer sans s’abaisser, lui concilia les bonnes grâces de Napoléon. Les préjugés tombèrent et le nouvel Empereur l’agréa comme député de la colonie. Il lui conféra la Légion d’Honneur. Mais, à part ses fonctions, le chevalier ne chercha jamais à user d’un crédit qu’il lui aurait été facile d’exploiter. Louis-François rentra en grâces et fut même admis à toucher les appointements qui lui avaient été accordés par la colonie. Les autres du Buc firent de même. Fidèles à leur dignité personnelle, ils se tinrent éloignés de la nouvelle Cour et ne sollicitèrent aucune faveur. Les Du Buc étaient royalistes quand même dans l’âme. Le chevalier Louis-François du Buc avait même critiqué sa cousine l’impératrice Joséphine dans une lettre familiale de 1811 : « Elle m’exaspère d’apposer continuellement son éventail devant sa dentition gâtée ». Allons bon… !

Documents

On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

-Mariage le 30 mars 1807 à Paris 2ème de sa 1ère fille Rose Antoinette Denise du Buc avec Jean Baptiste Collignon

-Mariage 14 nov 1822 à Paris 2ème de sa 2ème fille Louise Désirée Julie du Buc avec le baron Pierre Bernard Milius

-Mariage 30 oct 1824 Paris 1er : sa 3ème fille Geneviève Désirée Elisabeth du Buc avec Aimé Benjamin de Fleuriau

Ses dernières années de vie et la récompense du roi Louis XVIII.

          En 1814, Louis XVIII récompensa ses services en le nommant Intendant de la Martinique avec le vieux comte Pierre de Vaugiraud de Rosnay (1741-1819), vice-amiral, comme gouverneur de la Martinique. Louis-François se rendit dans l’île le 22 décembre, précédé de deux commissaires. Son administration produisit de bons résultats. A plusieurs reprises, les habitants, le Conseil Supérieur, le Commerce lui témoignèrent leur satisfaction. Il garda son poste jusqu’en 1818, date de la suppression des intendants coloniaux. Louis-François a même dit, avec un peu de prétention : « Placé par mon zèle et par la confiance de mes concitoyens à  la tête des affaires pendant nos longs orages politiques, le peu que je valais s’est accru sans mesure de tout ce que vous valiez : ce que les colons de la Martinique ont accompli de noble, de difficile, de recommandable, m’a désigné à Sa Majesté et c’est sa Colonie entière qu’elle a voulu  honorer en ma personne ».

Mais une question « martiniquaise » se pose : le nouveau Gouverneur Pierre de Vaugiraud de Rosnay (le métropolitain) et le nouvel Intendant Louis-François du Buc (le créole) allait-ils correctement s’entendre ? Eh bien, la réponse est non ! Et c’est pour cela que la fonction d’Intendant sera supprimée. Louis-François sera le tout dernier Intendant de la Martinique. Voici les détails selon Jacques Adelaide-Merlande, officier des Palmes Académiques, Maître de Conférence, Agrégé d’Histoire à l’Université des Antilles et de la Guyane dans son dictionnaire « Les Hommes Célèbres de la Caraïbe »: « les rapports avec le comte de Vaugiraud vont d’ailleurs se dégrader. Du Buc semble se considérer comme l’égale du gouverneur. Ainsi lors de la signature de la convention entre les autorités françaises et britanniques de la Barbade (convention qui légalisait l’occupation de certains points stratégiques de la Martinique par les Anglais pour prévenir un coup de force bonapartiste (fameux Cent-Jours, retour de Napoléon mars-juin 1815), Du Buc aurait exigé du gouverneur que sa signature figurât aux côtés de Vaugiraud « quoique d’après l’organisation de nos pouvoirs respectifs, la mienne (celle de Vaugiraud) dut suffire ». Le rapport que Vaugiraud adresse au roi sur le gouvernement de La Martinique et de la Guadeloupe, est pour une bonne part un réquisitoire contre Du Buc accusé de népotisme et de clientèlisme : « né créole de la Martinique, tenant à une famille qui embrasse les trois-quarts de la Colonie, il (Du Buc) a à ajouter à ces avantages, ceux des choix faits en 1814 sous ses auspices, et l’on peut dire, par ses ordres, des principaux officiers civils et militaires destinés à nous seconder dans le gouvernement » Du Buc avait « une nuée de parents et d’alliés tenant le haut bout dans les divers quartiers de la colonie » et pouvait avoir l’appui de son neveu le baron Baillardel de Lareinty, Intendant-Directeur Général des Colonies au Ministère de la Marine ».

Le roi Louis XVIII fit taire les deux braillards ennemis et jaloux l’un de l’autre, par un rappel commun du gouverneur et de l’Intendant. La décision royale fut prise de supprimer la fonction d’intendant.

          Sur sa situation financière, Louis-François est dans le rouge, et est obligé de se séparer tristement des terres de ses ancêtres. N’arrivant pas à remettre sur pied les Habitations Galion-Grand Fonds, il les vendit par le tribunal en 1819. Toutes les habitations héritées de son père étaient grevées d’hypothèques.

          Il fut pensionné le 24 août 1824, fut élu député de la Martinique, mourut le 18 décembre 1827 avant d’avoir siégé. Pour détail, il est mort chez sa fille au 41 rue Godot de Mauroy le 3 décembre 1827 à Paris 1er arrondissement sur déclaration de son gendre Aimé de Fleuriau et de Jean Baptiste Gilles LE CARPENTIER, ancien directeur du personnel des colonies, et sur pièce déposée par le ministre de la Marine le 7 juin 1873.

Son titre de comte et ses Armoiries.

Louis-François fut titré comte par brevet royal de dignité confirmé par ordonnance de Louis XVIII donnée au château des Tuileries le 22 octobre 1823 (Duplicata famille Du Buc : voir le chapitre II Mémoire et Armorial). Louis-François du Buc, Chevalier de l’Ordre Royale et Militaire de Saint Louis, Chevalier de La Légion d’Honneur, Président de l’Assemblée Colonial Coloniale, Président du Conseil Souverain, dernier intendant de la Martinique avant la suppression de la fonction par décision royale, porte comme armoiries :

-D’abord « d’azur à un sauvage d’or ; au chef cousu de gueules chargé de trois dards d’argent posés en fasces »  par héritage et filiation depuis 1701 d’après le règlement d’Armoiries et Lettres Patentes.

-Ensuite « parti au 1 d’or à la bande d’azur, qui est du Buc de Normandie ; au 2 d’azur à un sauvage d’argent portant sur son épaule droite une massue de même, au chef cousu de gueules chargé de trois flèches empennées d’argent, posées l’une sur l’autre en fasces, qui est du Buc de Martinique » après 1769 (Lettres Patentes).

-Enfin « d’argent à la bande d’azur » après 1781 par accord familial et notarié, et consentement royal (Lettres Patentes), et confirmation 1789.

Son épouse et ses enfants.

          Il avait épousé à Fort-de-France, le 04 août 1794, Mademoiselle Le Vacher de Boiville, dont il eut trois filles et un fils mort en bas âge. La généalogie complète se trouve dans le livre « La Saga des Du Buc ».

                                                                                   Fin

                                                                               Y.B. du Buc de Mannetot

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