Jean du Buc de L'Etang, IXème du nom, dit "Dubuc L'Etang", chef du Gaoulé

Biographie selon les archives de la famille Du Buc et les archives publiques

 Le lieutenant-colonel et « Chef du Gaoulé »

Jean du Buc de l’Etang , IXème du nom, sieur de L’Étang et de Talmon.

DANS LA CONTINUITÉ DE SON PÈRE ; AGRICULTEUR-PLANTEUR ; ÉCRIVAIN DU ROI ; SES EXPLOITS MILITAIRES A LA MARTINIQUE ET AUX CARAIBES : VIGIE, GARDE-MARINE SUR LES VAISSEAUX DU ROI, ASPIRANT, CAPITAINE DE GRENADIERS, MAJOR DE MILICES DE LA CAPESTERRE DE LA MARTINIQUE, LIEUTENANT-COLONEL DE MILICES EN 1707 ; IL PARTICIPE A L’EXPÉDITION DE LA GUADELOUPE DE 1691 (DÉBLOCAGE DE BASSE-TERRE PAR LES FRANÇAIS MENÉS PAR LA MALMAISON FACE AUX ANGLAIS MENÉS PAR CODRINGTON), VAINQUEUR  DE LA BATAILLE DE MONTSERRAT AU NORD DE LA GUADELOUPE LE 16 JUILLET 1713, DE SAINT-CHRISTOPHE EN 1705-1706, DE NIEVES  (NEVIS) EN 1706 ; CHEF DE L’INSURRECTION MARTINIQUAISE DU GAOULÉ : LE GOUVERNEUR ET L’INTENDANT DE LA MARTINIQUE SONT FAIT PRISONNIERS ET SONT RENVOYÉS DE FORCE EN FRANCE EN 1717, MAIS IL EST CONDAMNÉ POUR LÈSE-MAJESTÉ PUIS AMNISTIÉ EN 1718 PAR LE RÉGENT PHILIPPE D’ORLEANS QUI RECONNAIT SES QUALITÉS ET SES SERVICES.

Cet article est issu, en partie, de l’ouvrage « La Saga des Du Buc » écrit en 2013 par Y.B. du Buc de Mannetot avec la collaboration de son cousin F. Renard-Marlet, dans lequel sont reproduits les portraits des membres de la famille Du Buc des Antilles et de Normandie, avec plans, cartes, textes anciens, preuves de noblesse, attestations notariées, lettres, photographies, lithographies, cartes postales anciennes, affiches, gravures, invitations, tableaux, pastels, gravures, état-civil, aveux seigneuriaux, ordonnances du roi, nominations, condamnations, commémorations…

 

Portraits 

Il existe plusieurs portraits de Jean IX du Buc de L’Etang, sieur de L’Etang et de Talmon à la Martinique de son nom politique « du Buc-L’Etang ou Dubuc-L’Etang »,  issu de la collection de la famille actuelle Du Buc en Normandie : un tableau (peinture à l’huile sur toile), et un portrait (pastel couleur) attribué à Jean-Baptiste Jouvenet. (Collection famille du Buc). On peut voir ces portraits dans « La Saga des Du Buc ».

 

Sa naissance en 1672 et ses parents.

 

Jean IX du Buc, né en 1672, surnommé L’Etang du lieu-dit de La Pointe de L’Etang dont il prit le nom, puisqu’il en était le propriétaire, est le fils aîné du militaire Pierre III du Buc, sieur de La Caravelle et du Marigot. Il a vécu son enfance à La Caravelle sur le domaine colonial avec son frère  cadet Balthazard et son demi-frère aîné Louis Blondeau, fils issu du premier mariage de sa mère Renée Blondeau-Du Clos.

 

Son mariage.

 

Jean est attiré par la marine. Il sert quelques années sur les vaisseaux du roi en qualité de Garde-Marine, ou Aspirant. Puis il revient à la Martinique où il épouse, en premières noces, par contrat du 17 juillet 1691, Elisabeth Jarday des Marnières, fille d’un gentilhomme de Blois. Son mariage eut lieu au Cul-de-Sac du Marin. La généalogie sur Mr du Buc de L’Etang par le Juge d’Armes de France est dressée et signée à Paris le 21 septembre 1777 par Antoine Marie d’Hozier-de Sérigny, chevalier, Juge d’Armes de la Noblesse de France, Bib. Nat. De France Site Richelieu, Cabinet des Titres 235-274, Manuscrits Français 32060-32099 « du Buc de Marcussy, Isle Martinique, Normandie 177 T-28 preuve 53 ». Cote fr. 32087 MF 21115 Dossier 53. On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ». On y voit son contrat de mariage.

La première bataille de La Guadeloupe en 1691 : les Du Buc (le père Pierre et le fils Jean) débloquent Basse-Terre face aux Anglais.

 

          En 1691, quelques semaines après son mariage, Jean IX, qui est officié des Milices, prend part à l’expédition de La Guadeloupe. Il s’agit de débloquer Basse-Terre, où La Malmaison, lieutenant du Roi, est attaqué par les Anglais. Le général Codrington est à la tête des Anglais. La Martinique avec D’Eragny, gouverneur, vole au secours de sa colonie-sœur.

          Les secours se composent de deux compagnies de marine, quelques troupes, plus six cents habitants et flibustiers. Les officiers sont les Sieurs De Malvaut, colonel, Du Buc de La Caravelle, Du Buc de L’Etang, Jarday des Marnières, Saint-Amour, La Touche, Collart et Macary, commandants de milices.

          Jean IX du Buc de L’Etang est écrivain du Roi sur le vaisseau « Le Mignon ». Il fait aussi office de vigie. On embarque  les  troupes  sur  quatre  bâtiments  qui  se  trouvent  là  fort  à point : « L’Emérillon », « Le Cheval-Marin », « L’Hazardeux », et « Le Mignon ». Ce dernier bateau est commandé par Mr d’Arbouville. D’autres navires moins importants suivent la petite flotte.

         Heureux trajet ! D’Eragny qui tient à faire l’expédition en personne, arrive à point pour faire lever le siège. Les Anglais se retirent alors vers la Dominique, où ils ont en réserve douze vaisseaux. Monsieur d’Eragny, ignorant ce détail, et fier de son succès, veut les poursuivre et leur donner la chasse. Pour ce faire, on quitte Le Gosier sur les deux heures de l’après-midi.

          Mais vers  les  onze  heures du soir, du Buc fils remarque des fusées et des signaux inquiétants chez les Anglais. Il les fait apercevoir à Monsieur d’Arbouville, qui, ayant reconnu le nombre des ennemis, prend le parti de revirer de bord. C’était d’autant plus sage que deux vaisseaux sur quatre étaient « mauvais voiliers », et que les petits bateaux marchands naviguaient « comme des charrettes ».

           Ainsi la prudence de Monsieur Jean IX du Buc de L’Etang évita un désastre. On rentra à Saint-Pierre, où Monsieur d’Eragny fit chanter un Te Deum pour avoir délivré Basse-Terre. Le pauvre homme ne jouit pas longtemps de son triomphe. Il mourut peu après d’un mal terrible qui faisait des ravages périodiques : la fièvre jaune dite  « la maladie de Siam » ou « mal de Siam ».

1693 : encore d’autres actions militaires avec les esclaves noirs qui défendent leurMartinique !

 

          En 1693, lors du troisième blocus de La Martinique par les Anglais, il participe activement à cette guerre. Il est nommé Capitaine de Grenadiers puis Major de Milices de La Capesterre. Les Anglais perdent encore la bataille. 300 Anglais sont faits prisonniers. 600 Anglais sont morts.

           Les esclaves noirs français, qui, pour la circonstance avaient reçu des armes de leurs maîtres, participèrent à la défense du pays, et se conduisirent très loyalement ! Un sentiment d’appartenance au royaume qui revint jusqu’aux oreilles du roi...

1697 : Le Père Labat (né à Paris en 1663, et mort à Paris le 06 janvier 1738 à l’âge de 75 ans) est invité chez les Du Buc à la Caravelle.

 

          Ainsi se passait la vie à La Martinique : service de l’île, entraide aux colonies-sœurs, exploitation des industries naissantes, soin des plantations, commerce avec la métropole qui envoyait en retour les marchandises manquantes… ces travaux occupaient les jours des braves colons. Avec intrépidité et bonne humeur, ils s’estimaient heureux tant que les cyclones, les ouragans ou autres fléaux épargnaient leur île.

           « Avant d’arriver au bourg de La Trinité », raconte en 1697 le Père Labat, infatigable chroniqueur, « nous allâmes à l’habitation de  M. du  Buc  de  L’Etang, à  qui  le père Martelli avait à parler. Comme il était à peu près l’heure de dîner, on nous y convia et nous acceptâmes. La maison de ce sieur du Buc est située sur le morne ou  colline qui sépare  le  cul-de-sac de La Trinité  d’avec  celui du Galion,  dans l’endroit   où   commence    une    longue    pointe   qui     avance   dans  la   mer près de deux lieues. On appelle cette pointe La Caravelle. Elle jette une autre branche vers l’Est, qu’on nomma La Tartane. Cette branche avec un autre morne forme la baie du Galion. J’étais charmé de la situation de  cette  maison,  dont  la vue s’étend sur Le Galion, sur le bourg, sur le port et sur le fort de La Trinité et sur une partie de La Capesterre ».

           En octobre 1697, un corsaire anglais qui a débarqué de nuit à Sainte-Marie dans le but de voler des esclaves, est repoussé par les hommes du Révérend Père Labat qui est parti chercher du secours chez les Du Buc à La Caravelle.

           En 1698, pour la première fois la fièvre jaune (« le mal de Siam »)  apparaît de manière importante. Puis en 1699, c’est au tour de la variole de faire son apparition : des centaines d’esclaves meurent, mais aussi des maîtres. Certaines habitations tombent à l’abandon par manque de main d’œuvre.

 

Une lettre de son père.

Lettre de Pierre du Buc datée du 25 novembre 1706 adressée à Sa Grandeur Monseigneur Jérôme PHELYPEAUX, comte de PONTCHARTRAIN,  Ministre de la Marine et des Colonies (Secrétariat d’Etat). Il fait état de ses services militaires depuis 1654 (donc à l’âge de 14 ans comme la famille Du Buc a toujours écrit) en France, de son installation martiniquaise à la Capesterre et à Trinité qu’il a fondé, et de la construction de son habitation depuis 1661 à la Caravelle, de son travail agricole pour la plantation, la production, et le commerce du cacao en tant que premier cultivateur de cacaoyers et exportateur de cacao dans le monde, et du fait qu’il a « détaché » ses nègres pour leur montrer la culture de cette nouvelle plante, et demande la suspension des taxes qui lui sont demandées au titre de son nouvel anoblissement de 1701 par Louis XIV. Il rappelle aussi les qualités et exploits militaires de son fils aîné Jean du Buc de L’Etang à la Martinique, à la Guadeloupe, et à Saint Christophe. Il rappelle également ses blessures (à la jambe), et celles de son fils (joue et mâchoire), en rappelant qu’ils ont failli perdre la vie plusieurs fois en servant Sa Majesté le Roi de France. Archives  Nationales à Paris. Cote F°5-146 C8A16. F° 5-146 à 147 (4 pages) :

« …que j’ay mon fils aÿné qui est en qualité d’Office de milice depuis vingt 2 ans auquel Monsieur de Machault  a donné le commandement de cent grenadiers que l’on achoisy sur toutes les milices de l’isle laquelle compagnie Il a dressé au maniement des armes et aux ... demanière qu’il n’ya aucune différence aux Troupes Réglées. Il a esté blessé à la deffaite des anglais à St Pierre d’un coup de fusil par le visage qui lui a arraché sept dans et cassé la machoire  inférieure dont il souffre acutellement ; Il cest aussy distingué à la déffence de la Guadeloupe et à St Christophe sous Monsieur de Chavagnac ; et tout ce que j’ay d’enfant et lui aussi les destinons à servir le Roi n’ayant d’autre but ny dautre celle que son service… »

Sur Jean du Buc, l’historien Paul Butel, auteur de « l’Histoire des Antilles Françaises XVIIe-XXe siècle (éditons Perrin 2002 Paris), raconte ceci à la page 128 à propos des milices: « Celles-ci étaient dominées par les grands notables, un François-Samuel Levassor de La Touche, au Lamentin, un Laguarigue de Survilliers dans la Capesterre, secondé par un Jean Dubuc. Les dynasties savaient placer les leurs dans les rangs des officiers, les plus jeunes débutant comme enseignes, les plus âgés devenant colonels. Jean Dubuc s’était distingué pendant les guerres de la fin du règne de Louis XIV en allant jusqu’à proposer d’attaquer des îles ennemies comme Antigua et en menant victorieusement ses miliciens contre ces colonies ».

Le Traité d’Utrecht conclu le 11 avril 1713

 

          « La colonie n’avait fait encore que peu de progrès vers la fin du XVIIème siècle. Mais après le traité d’Utrecht conclu le 11 avril 1713 et qui enleva à la France, Terre-Neuve, l’Acadie et Saint-Christophe, la sollicitude du Gouvernement se porta sur les colonies qui lui restaient. Les Antilles devinrent surtout l’objet de la sollicitude du Régent pendant la minorité de Louis XV. Affranchie des droits excessifs qui avaient d’abord pesé sur ses produits, la Martinique vit son agriculture et son commerce prendre de grands développements, grâce à la sûreté de ses ports et à son heureuse situation, la plus avancée au vent de toutes les îles, ce qui en fait l’une des premières escales pour les navigateurs arrivant de la pleine mer ; elle devint le chef-lieu et le marché général des Antilles Françaises. C’était à la Martinique que les îles voisines vendaient leurs productions et achetaient les marchandises de la Métropole. L’Europe ne connaissait que la Martinique, et durant plus d’un siècle, les autres îles françaises de l’Archipel des Antilles demeurent dans la dépendance de cette colonie. » (Annuaire officiel de la Martinique, 1913)

La bataille de L’Ile de Montserrat au Nord de La Guadeloupe le 16 juillet 1713 :  le Lieutenant-Colonel Jean IX du Buc de L’Etang, commandant le navire français « Le Rolland de Nantes », vainquit le vaisseau anglais « La Julie ».

 

          « 1703 », c’est la guerre pour la succession d’Espagne, ce qui provoque des nouveaux appétits pour les colonies par les Européens. La Guadeloupe est donc à nouveau attaquée. Les Anglais sont commandés par Codrington fils, qui tient à cœur de venger l’échec de son père.

          La Martinique mobilise à nouveau. Jean IX débarque le 3 avril à La Guadeloupe attaquée par les Anglais. On part sous la conduite de Messieurs de Gabarret et Boisfermé. La marine française a fait bien des progrès depuis les intelligentes mesures de Colbert. Les Anglais lèvent le siège et se rembarquent le 16 mai 1703.  Le Père Labat avait même crée une compagnie de soldats noirs cette même année 1703 à la Guadeloupe ! Ils jouèrent un rôle glorieux ! Là encore, on oublie de le dire : beaucoup d’esclaves ont pris part à la défense de la Guadeloupe et de la Martinique.

          Cette fois, c’est Jean IX du Buc de L’Etang qui commande une des quatre compagnies de milices. On le trouve aux opérations de Saint-Christophe en 1705, comme capitaine de Grenadier. Il reçoit la Croix de Saint-Louis, le 12 février 1706. Puis le 22 février 1706, il remporte la bataille de Saint-Christophe et eut les honneurs de la Gazette de France, ce qui était assez rare pour un colonial. Il acquiert beaucoup de gloire à l’attaque de Nièves (Nevis) en avril 1706, où, sous les ordres de Chavagnac et Yberville, il s’empare du « Réduit ». En 1707, Jean obtient enfin le grade de Lieutenant-Colonel de Milices.

          En 1708, son père Pierre III ne figure plus parmi les troupes. Il est mort à La Caravelle la même année, à quatre-vingt-huit ans. On peut comparer cet exemple de longévité à quelques autres hommes : le capitaine de Clieu (ou Desclieux suivant les écrits), introducteur des premières semences de café à la Martinique sur l’Habitation La Caravelle, y mourut à quatre-vingt-dix-sept ans, et Monsieur Monnel, ancien chirurgien-major, faisait encore, à quatre-vingt ans, sa promenade quotidienne à cheval. Ceux qui résistaient au climat résistaient bien ! Une des traditions pour résister au climat était la sieste : « la sieste après le repas de midi, est presque nécessaire aux Antilles, quand la chaleur étouffante appesantit les membres et assoupit béatement l’esprit. On est comme envahi par un engourdissement, par un demi-sommeil léger, où l’on a à la fois la sensation de la réalité et l’envolée du rêve, et où l’on reste juste assez éveillé pour goûter pleinement la jouissance de dormir ».

Le 09 juillet 1711 Mr Arnoult de Vaucresson fait un compte rendu sur Jean du Buc L'Etang à Montserrat pour le Ministre de la Marine (Arch Nat  batailles F°125 à 132 C8A18) : il y a encore des éloges sur les qualités militaires de Jean du Buc de L’Etang : captures de soldats, prises d’esclaves, et un beau butin.

          En 1713 arriva un nouveau gouverneur, Monsieur de Phélypeaux, lieutenant général des armées et ancien ambassadeur de Turin, dont l’administration fit grand bien à l’île et y laissa de l’éclat. Après quelques réformes militaires, Monsieur de Phélypeaux   fit   venir  Jean IX du  Buc  de  L’Etang  alors  lieutenant-colonel  des milices, et lui demanda s’il pouvait aller s’emparer de l’île de Montserrat. Le Père Labat écrit ceci sur Jean IX du Buc de L’Etang : « Le sieur du Buc  obéit  avec joie et assembla six cent bons hommes, habitants et flibustiers, qu’il mit sur quatorze bateaux et sur un vaisseau de vingt-quatre canons nommé Le Rolland de Nantes ».Le général de Phélypeaux vint au Fort Saint-Pierre passer la revue des troupes et les faire partir en sa présence.

           Pendant que du Buc prenait congé, le général fut averti qu’un bateau parlementaire anglais amenait cinq ou six officiers de distinction, l’un desquels, se tournant vers du Buc, lui dit : « Monsieur, nous  savons que vous allez attaquer nos îles, mais vous n’avez pas de forces suffisantes. D’ailleurs, vous allez rencontrer La Julie, vaisseau de la reine de 54 canons et 300 hommes d’équipage ».Le sieur du Buc fit une grande révérence et lui dit : « Monsieur, si je rencontre La Julie, je lui rendrai mes respects ». Et sur-le-champ, il dut s’embarquer et appareilla afin d’obliger les flibustiers à le suivre promptement. Lorsqu’il fut par le travers du quartier Le Prêcheur, qui est en vue de la maison de l’Intendant où le général était avec ces Anglais, on vit paraître La Julie. Un des Anglais dit au général : « Monsieur, voici La Julie qui va attaquer Monsieur du Buc et qui prendra soin de lui faire un voyage à la Nouvelle Angleterre ». Monsieur de Phélypeaux répondit d’un air riant : « Cela est très faisable. Qu’on apporte des chaises dans le jardin afin que nous soyons témoins de ce qui va se passer ». A peine furent-ils assis, que Jean du Buc de L’Etang commença par faire allonger sa cimardière et courut sur le vaisseau anglais pour l’aborder. L’Anglais évita l’abordage trois ou quatre fois. On se battit vivement de part et d’autre, pendant deux heures.

           A la fin le bateau anglais, « qui marchait bien mieux », éventa toutes ses voiles et prit la fuite. Le général se leva et dit aux Anglais : « Messieurs, il y a apparence que le tabac de du Buc a paru trop fort à vos Messieurs. Ils vont en chercher de plus doux ».

          Voilà comment Jean IX du Buc de L’Etang battit un vaisseau de guerre anglais de 54 canons, alors que le sien  n’en avait que 28. Il  revint  mouiller  en  rade,  ayant  eu  quarante-trois  hommes  tués  ou blessés, cinq coups de canon à eau, beaucoup de manœuvres coupées et des mâts endommagés. Le Rolland de Jean du Buc était hors d’état de faire campagne et le projet fut remis à plus tard. Mais Monsieur de Phélypeaux dit à du Buc, en présence de nombreux assistants : « Monsieur, vous avez fait en cette circonstance tout ce qu’on pouvait faire de mieux. Je ferai valoir vos services. Je me sais bon gré de vous avoir choisi  et  de vous avoir regardé comme un homme capable de commander. On me l’avait bien dit. J’en ai, par cette affaire, une preuve certaine ».

          Quelque temps après, on acheva la conquête de Monserrat avec l’intrépide Jacques Cassard, qui arrivait d’Europe avec huit vaisseaux et qui faisait voile vers Surinam. On s’empara de la moitié de l’île avec 580 hommes, mais on dut se retirer, emportant toutefois un immense butin.

Dans sa lettre du 16-12-1714 adressée au Ministre de la Marine, Jean du Buc L'Etang (lui-même) fait un compte rendu de ses états de service, et demande la lieutenance générale des troupes de la Capesterre au lieu et place de son père qui s’en va en retraite. On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

12 mars 1726 : sa noblesse menacée par certains membres du Conseil Souverain de la Martinique, ennemis et adversaires politiques de la famille Du Buc. Dossier E 143 Arch. Nat. ANOM. Outre Mer.

La Révocation des Lettres de Noblesse n’ayant pas touchée les Iles Antillaises, il est marqué que la noblesse a été accordée à Pierre du Buc en raison de ses services militaires plus que par financement. Jean du Buc de L’Etang garde sa noblesse, mais il est préférable de faire faire une Maintenue sous forme de Lettres Patentes du Roi, ce qui sera fait en 1769 grâce au Duc de Choiseul. On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

La révolte du Gaoulé ou l’insurrection martiniquaise : les Martiniquais se révoltent en 1717 et Jean du Buc de L’Etang devient chef de l’insurrection martiniquaise. C’est la Révolution des colons !!!

 

          Avant de commencer à raconter cette chronique, il est nécessaire de rappeler la signification claire et précise du mot caraïbe « gaoulé ». Ce mot signifie insurrection ou mouvement populaire selon nos ancêtres créoles.

          En 1717, les Martiniquais sont fort mécontents de la mauvaise administration de leur gouverneur, Antoine d’Arcy, marquis de La Varenne, et de leur intendant, Mr Ricouart. C’est alors qu’éclate une révolte !

          Bien que les Vassor de La Touche eussent les apparences d’être les chefs de la rébellion (leurs intérêts étaient à la base même du conflit), ce sont bien les du Buc, et notamment Jean du Buc de L’Etang, qui furent les principaux conjurés. On savait très bien que les du Buc étaient autonomistes, très libéraux et très admirateurs des méthodes coloniales anglaises et de la mentalité américaine.

          Les révoltés arrêtèrent les deux fonctionnaires royaux sur l’Habitation Bourgeot au Diamant (aujourd’hui Habitation O’Mullane) et les conduisirent au Lamentin, lorsque Le Vassor de La Touche, par prudence ou délibérément, eut refusé de rejoindre les bandes rebelles, Jean du Buc de L’Etang, présent à point nommé, fit taire les braillards, prit la direction des opérations et se fit élire chef provisoire de la colonie. Il y rétablit l’ordre, apaisa les mécontents, et refusa d’entrer en conflit avec les troupes royales demeurées inactives dans les forts. Le gouverneur le marquis de La Varenne et l’intendant Ricouart furent embarqués de force sur le « Gédéon » le 23 mai 1717 à l’Anse de La Touche, près de Saint-Pierre et du Carbet.

           Monsieur du Buc leur avait lancé sur le bateau une phrase célèbre : « Messieurs, nous vous souhaitons un bon retour dans le royaume ! ». Et les Martiniquais crièrent quand le bateau prit voile : « Vive notre commandant Dubuc ! C’est à lui que nous voulons obéir ! Vive le Roi et Dubuc ! ».

          Dans une de ses lettres, le cardinal Guillaume Dubois (1656-1723) rappelle que « Mr du Buc et ses compagnons avaient pacqueté fort proprement le gouverneur et l’intendant et les avaient jetés avec leurs papiers et leurs effets dans un bateau prêt à faire voile pour la France non sans accompagner ces étranges ambassadeurs de protestations d’amour pour leur prince ».

          Monsieur du Buc, par sa modération et sa fermeté, empêcha les désordres avec le Conseil Souverain de La Martinique et les quatre colonels des milices, et dès que les esprits furent calmés, il se démit de son commandement. Le lieutenant du roi, Bégue, prit l’interim du pouvoir, Duquesne n’ayant pas voulu s’y risquer.

          Une fois arrivé en France, le marquis de La Varenne présente du Buc comme un « fourbe » auquel  il  ne  fallait  pas  se  fier.  Mais  son successeur,  Monsieur de Feuquières, s’entendit bien avec Monsieur du Buc et lui donna toute sa confiance. Il le dépeignit à la Cour « comme un bon citoyen qui n’avait trempé dans l’affaire que pour obliger chacun et éviter un plus grand mal ».

          Le Régent Philippe d’Orléans apprenait alors en riant la mésaventure humiliante de La Varenne. Mais quand du Buc fit demander, pour entrer en pourparlers, le poste de lieutenant du roi au quartier de La Trinité, le régent se mit dans une colère monstre ! Car Monsieur du Buc n’en fut pas moins considéré comme le chef du mouvement. La plupart des révoltés avaient été amnistiés en mai 1717 et en mars 1718. Mais pas du Buc ! Philippe d’Orléans aurait déclaré à ses ministres : « Monsieur du Buc est un homme dangereux et fourbe selon La Varenne. Cette affaire est trop de conséquence et fait trop d’honneur au sieur du Buc pour la passer sous silence ! ». La réponse du Sieur du Buc ne se fit pas attendre. Aussitôt, Monsieur du Buc, vint en grand uniforme, la Croix de Saint Louis sur la poitrine, se constituer prisonnier au Fort-Royal c’est-à-dire Fort-de-France. Le nouveau Gouverneur, Isaac de Pas, marquis de Feuquières, l’accueillit fort bien, le logea dans son appartement et fit si bien que le Régent lui accorda des Lettres d’Abolition le 22 octobre 1718 !

          « On lui doit cette justice », conclut le Père Labat et après lui l’historien Sydney Daney, « qu’on lui est redevable de la conservation de la Martinique et vraisemblablement des autres îles, puisque dans le tumulte qui arriva au mois de mai 1717, ayant été élu malgré lui chef de la colonie, il agit avec tant de prudence et de fermeté qu’il conserva l’île au roi, sans que, dans cette confusion, il soit arrivé aucun désordre ni aucun meurtre ».

           Le Régent mit donc en place une nouvelle administration en nommant le marquis  de Feuquières et Monsieur Sylvécanne, après avoir reconnu le bien fondé des réclamations de la colonie et du Conseil Souverain. Mais une Garnison de Suisses est chargée de réprimer le « républicanisme » des colons !

Note trouvée sans nom d’auteur : Le 17 mai 1717, le Gouverneur et L’Intendant de la Martinique furent arrêtés sur l’Habitation Bourgeot, actuellement O’Mullane, près du Diamant, puis emmenés sur l’Habitation L’Anse La Touche au Nord de l’île, et enfin embarqués de force pour la France par les révoltés menés par Jean du Buc de L’Etang.

 

« Le 17 mai 1717, des colons, avec à leur tête François Samuel Le Vassor de La Touche et Jean du Buc de L’Etang font irruption dans un banquet, au Diamant, sur l’Habitation Bougeât où étaient invités le Gouverneur et l’Intendant (La Varenne et Ricouart) et se saisirent des deux personnages. Dans l’après-midi, l’Assemblée des officiers de milice, des officiers de justice et des Nobles se désigne un commandant de l’île qui remplacera les deux administrateurs royaux. Elle désigne Jorna, le plus ancien. Mais les petits habitants lui préfèrent « Dubuc-L’Etang ». On parle d’attaquer Fort-Royal, « Dubuc-L’Etang » calme le jeu optant pour une fin du conflit moins mouvementée. Une nouvelle assemblée de notables, dont le procureur général Hauterive, se tient le 19 au Lamentin, on y réaffirme sa fidélité au roi, mais on récuse les pratiques de la Varenne et Ricouart. A Saint-Pierre, la troupe tenue par le Vassor désire que l’on renvoie les deux administrateurs en France. La réunion du 21 désigne le procureur général Hauterive pour recevoir les plaintes du peuple. Le 23 mai à neuf heures, Gouverneur et Intendant sont embarqués. Le 24 l’assemblée rédige une lettre au roi. Une enquête est menée sur ces débordements. L’amnistie générale est décidée, on en poursuivra que les principaux meneurs Jean du Buc de L’’Etang et quelques officiers de milice. On leur laisse deux jours pour choisir entre la prison et la fuite. Ils s’enfuient et le procès a lieu sans eux : ils sont condamnés à mort. Mais sous la demande du nouveau gouverneur, le roi, clément, les gracie. »

1718 : Mr de Feuquières, Gouverneur, par décision du Conseil Souverain de la Martinique, signe l’arrêt des poursuites contre Du Buc le 5 octobre 1718. Archives Nationales.

Jean du Buc de L’Etang reçut des Lettres de Grâce par le Régent datées du 22 octobre 1718, envoyées depuis Paris en mars 1719 et reçu par Du Buc en mai 1719 par le biais du navire « Le Triton ». On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

Sa mort en 1739 : La fin de sa vie et les derniers mots du Père Labat concernant « Jean L’Etang ».

 

Telle fut la carrière du chevalier Jean IX du Buc de L’Etang, qui mourut en 1739 à La Caravelle. Nous terminerons cette biographie par ces mots du père Labat, célèbre historien martiniquais : « J’ai parlé en d’autres endroits de ce colon. J’ajouterai seulement que quand les belles actions de son père ne lui auraient pas procuré des Lettres de Noblesse, les siennes suffiraient pour lui en mériter ».

Conclusion sur Jean du Buc de L’Etang.

Jean IX du Buc de l’Etang, surnommé Jean Dubuc-L’Etang du nom de La Pointe de L’Etang dont il prit le nom,  chevalier, né en 1672, mort en 1739, fait chevalier de Saint Louis le 12 février 1706, maître des habitations de Talmon et de L’Etang, agriculteur-planteur, écrivain du roi, vigie, garde-marine sur les vaisseaux du roi, aspirant, capitaine de grenadiers, major de milices de La Capesterre, participe à l’expédition de la Guadeloupe de 1691 (déblocage de Basse-Terre par les Français menés par La Malmaison face aux Anglais mené par Codrington), vainqueur  de la bataille de Montserrat au Nord de la Guadeloupe le 16 juillet 1713, de Saint-Christophe en 1705-1706, de Nieves  (Nevis) en 1706, Lieutenant-colonel de Milices en 1707, chef de l’insurrection martiniquaise du Gaoulé (le gouverneur et l’intendant de la Martinique sont fait prisonniers et sont renvoyés de force en France) en 1717, condamné puis amnistié (gracié) en 1718 par le Régent Philippe d’Orléans.    +1°marié 17 juillet1691 Au Cul-de-Sac-du-Marin Elisabeth Jarday des Marnières (8 enfants), fille d’un noble de Blois. +2°marié 20 juin 1719   à  Marie Marthe Le Boucher de Rivery (2 enfants).

Jean du Buc de L’Etang, le premier abolitionniste ?

Jean du Buc de L’Etang écrit un Mémoire le 9 novembre 1727 pour prouver l’avantage de la colonie dans l’affranchissement des esclaves et les inconvénients qui résulteraient de les priver de l’espérance de la liberté. On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

                                                                                    Fin.

                                                                              Y.B. du Buc de Mannetot

 

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