Jean-Baptite du Buc, dit "le Grand Du Buc" par la Reine

Biographie selon les archives de la famille Du Buc et les archives publiques

Jean-Baptiste du Buc, dit le « Grand Du Buc »,

proche de la reine Marie-Antoinette.

JEAN-BAPTISTE DU BUC, DIT « LE GRAND DU BUC » PAR LA REINE MARIE-ANTOINETTE, CHATELAIN DE CHISSAY-EN-TOURAINE, AGRICULTEUR-PLANTEUR DE LA MARTINIQUE, LITTÉRAIRE, ÉCONOMISTE, NÉGOCIANT TRIANGULAIRE, INDUSTRIEL, CRÉATEUR DE LA SOCIÉTÉ DE RAFFINAGE DUBUC-BOUCHERIE ET DE LA RAFFINERIE GALION-GRANDS-FONDS, OPPOSANT A L’EXCLUSIF MITIGÉ, CHEF DU BUREAU DES COLONIES, INTENDANT GÉNÉRAL DES COLONIES, SYNDIC DE LA COMPAGNIE DES INDES FRANÇAISES, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ET D’AGRICULTURE, PRÉSIDENT DES COLONS ELECTEURS DE LA MARTINIQUE, CITOYEN DU CLAN DES PHYSIOCRATES,  AMI INTIME DU MINISTRE CHOISEUL-PRASLIN, DE MME NECKER, DE MME DU DEFFAND, DE GRIMM, DE DIDEROT, DE VOLTAIRE, D’ALEMBERT, DE L’ABBÉ RAYNAL, DE MR D’AFFRY, DE MR MOREAU, EMPRISONNÉ PENDANT LA RÉVOLUTION PUIS LIBÉRÉ MAIS RUINÉ.

Cet article est issu, en partie, de l’ouvrage « La Saga des Du Buc » écrit en 2013 par Y.B. du Buc de Mannetot avec la collaboration de son cousin F. Renard-Marlet, dans lequel sont reproduits les portraits des membres de la famille Du Buc des Antilles et de Normandie, avec plans, cartes, textes anciens, preuves de noblesse, attestations notariées, lettres, photographies, lithographies, cartes postales anciennes, affiches, gravures, invitations, tableaux, pastels, gravures, état-civil, aveux seigneuriaux, ordonnances du roi, nominations, condamnations, commémorations…

 Portrait.

Il existe un portrait connu de L’Intendant Jean-Baptiste Ier du Buc (1717-1795), célèbre économiste, dit « Le Grand Du Buc » par la reine Marie-Antoinette, petit-fils de Jean du Buc « de L’Etang », issu de la collection de la famille actuelle Du Buc en Normandie : une miniature ovale à cadre doré. On peut voir cette miniature dans « La Saga des Du Buc ».

 

Une carrière impressionnante.

 

                     Jean-Baptiste était le petit-fils de Jean du Buc de L’Etang, et fils de Jean Pierre  du Buc-du Ferret, écuyer, né en janvier 1692 à Trinité, mort en 1742, capitaine d’une compagnie franche, noté dans le 2ème contrat de mariage de son père en 1719. Son père Jean-Pierre s’était marié à Basse Pointe le 11 juillet 1713 avec Marie Anne COURTOIS, née le 8 août 1692, morte 21 juin 1754 au Galion, fille d’André Courtois et d’Aimée Le Roux, originaire de Dieppe, d’où sont issus 4 garçons et 1 fille.

Jean-Baptiste, Ier du nom, né en 1717 à Trinité à La Martinique. Il était fin et lettré et possédait de grandes connaissances en matières coloniales. Il était également planteur comme tous les siens. Il habite à l’habitation Desmarinières avec sa belle-mère. A l’âge de douze ans, il fut envoyé en France et fit ses études au très réputé collège de Condom dans le Gers en Armagnac et  s’initia ensuite au droit à Paris. Puis, il revint à La Martinique et s’y maria. Il est cité « sieur de Marcussy », voir de « Ramville ». La mort de son père en 1739 a fait de lui le chef des du Buc des Antilles.

En 1759, il est élu Président de la Chambre de Commerce et d’Agriculture de La Martinique. Lorsque cette Chambre eut à désigner un délégué permanent pour représenter ses intérêts à Paris, c’est Jean-Baptiste qui fut choisi. Il se rend donc à Paris en 1763 et se présente à Choiseul, qui a le département de la marine. Ses vues plaisent au ministre, qui remarque en lui des capacités nettes et pratiques. Choiseul, charmé de ses vues, l’attache à son ministère comme « Premier Commis du Ministre » puis « chef de bureau des colonies », après une seule heure d’audition ! Jean-Baptiste Ier y reste de 1764 à 1770. Le succès personnel qu’il rencontra à la Cour de Versailles, les honneurs et les profits qu’il y sut gagner, ne lui firent pas oublier les intérêts des Iles du Vents : il obtint l’ouverture de Sainte-Lucie et à Saint-Domingue de deux ports d’entrepôts où sont autorisés les trafics avec les navires étrangers.

C’est également en 1763 qu’il rédigea le fameux Edit qui étendait la compétence des conseils souverains des colonies.

En 1770, Jean-Baptiste du Buc eut le titre honorifique d’intendant des colonies avec fonctions consultatives. La Compagnie des Indes Françaises l’avait pris pour syndic en juin 1764.

Développer le commerce maritime en modifiant les lois prohibitives.

 

          Il publia divers mémoires dont le plus célèbre est « Le Pour et le Contre »  sur un objet de grande discorde et d’importance majeure : convient-il à l’administration de céder part ou de rien céder aux étrangers dans le commerce de la métropole avec ses colonies », Londres, 1785.In-4°, 138 p. Il contribua à faire modifier le régime prohibitif qui pesait lourdement sur les colonies.

            Dès son entrée au Ministère, Jean-Baptiste Ier a lutté contre la rigueur des lois prohibitives, appliquées à La Martinique. Elles interdisaient tout recours aux bateaux en provenance de l’étranger ceci en application du système dit « de l’exclusif ». Ainsi les habitants sucriers qui, depuis 1715, se voyaient interdire l’expédition vers la France de sous-produits de la fabrication du sucre, eaux de vie de canne appelées guildives, et sirops, n’avaient pas le droit de les échanger avec l’Etranger contre des produits qui leurs faisaient cruellement défaut. Il ne leur restait qu’un recours : la contrebande baptisée « interlope » parce que le roi l’encourageait avec les territoires espagnols d’Amérique pour se procurer des piastres.

          Les Instructions au comte d’Ennery du 25 janvier 1765 furent le premier coup porté aux lois commerciales prohibitives que l’on appelait le « Pacte Colonial ».

          Jean-Baptiste a cherché à ce grave problème une solution pour faciliter le négoce maritime en difficulté. Il est parvenu à instauré ce qu’on a appelé « l’exclusif mitigé » grâce à l’arrêt du 30 août 1784 qui modifia cet ancien système prohibitif.

          Grâce à l’ouverture contrôlée d’un certain nombre de ports aux voyageurs, dont  le port de Saint-Pierre, Jean-Baptiste a permis à La Martinique de bénéficier d’échanges avec l’Etranger, en particulier avec nos alliés de la Guerre d’Indépendance Américaine. La ville de Saint-Pierre fut le grand centre de ravitaillement des « insurgents ». Mr de Beaumarchais fut un des organisateurs de ce trafic à partir d’Anvers.

 

 « Le Grand Du Buc » : économiste, littéraire et philosophe à la fois !

 

           Jean-Baptiste était surnommé « Le Grand du Buc », car il l’était par la taille et aussi par son esprit. Même la reine Marie-Antoinette l’appelait ainsi. Il était imposant, gracieux, logique On citait de lui des anecdotes et des phrases morales célèbres. Etant écrivain et économiste, tout le monde le connaissait à la Cour. On dit de lui qu’il avait gardé la joyeuse humeur de son île. Il avait même le privilège de monter dans les carrosses du roi pour se promener dans le parc de château de Versailles, grâce, ne l’oublions pas, à nos ancêtres normands qui lui avait donné la preuve de sa noblesse immémoriale remontant au XIIème siècle. Ce « Grand Cousin » éloigné et riche nous avait apporté à nous, petits nobles normands de campagne, une belle somme d’argent en échange de cette aide historique et familiale.

          Il fut l’auteur de l’ordonnance de 1768 qui accordait la noblesse aux membres des conseils souverains après vingt ans d’exercice.

          C’est lui qui avait insisté pour que Monsieur Maximilien Claude Joseph de Choiseul-Meuze, comte de Choiseul, marquis de Meuze, (1736-1815) brigadier des armées du roi, commandant en second, obtienne la décoration de Saint Louis. En effet, celui-ci avait épousé sa nièce Marie Anne Rose Félicité du Buc d’Enneville. Il avait écrit « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam »,  ce qui veut dire : « Non pour nous, seigneur ; non pour ma nièce, mais pour votre gloire et votre neveu ». De plus, Monsieur de Choiseul-Meuze était un encyclopédiste reconnu dans Paris.

          Une fille sera issue de cette union Françoise Rose Louise de Choiseul-Meuze, baptisée à Fort-de-France le 15 octobre 1771, et mariée à Jean Cellon le 20 mai 1797 à Saint-Germain-en-Laye en France.

          Très proche de Benjamin Franklin, Madame de Choiseul-Meuse, qui habite Fort-de-France, l’invite au mariage de Mr du Buc de Saint Olympe et de Madame de Longpré en août 1783.

          Quant à Mme Necker qui fréquentait Jean-Baptiste du Buc dans ses salons, elle disait de lui : « c’était un homme de mérite, haut de cinq pieds dix pouces, fait au tour, belle figure et belle fortune ». Dans « Les Mélanges », il est souvent question de du Buc, et l’on y rapporte plusieurs de ses pensées, maximes ou  réparties. Elle écrivit également: « J’ai  à  dîner,  ce soir, les deux plus grands économistes de l’Europe, Edmond Burke et Jean-Baptiste du Buc ».

          Madame du Deffand, grande épistolière de l’époque, tombera également sous le charme de du Buc.

          La correspondance de Grimm et Diderot a conservé quelques-unes de ses conversations. Il passe pour avoir collaboré à l’Encyclopédie avec ses amis comme Diderot, Voltaire ou D’Alembert au Café « Le Procope » à Paris ou dans les salons littéraires et philosophiques de la capitale.

          Denis Diderot dira même de Jean-Baptiste du Buc des termes élogieux : « C’est un homme qui a du courage, de l’élévation, de la probité, des  connaissances, de l’éloquence et beaucoup d’imagination ».

          Jean-Baptiste du Buc a également aidé à la publication de l’ « Histoire Philosophique et Politique » de l’abbé Raynal qui disait de du Buc, au sujet des changements qu’il fit apporter dans les transactions entre la métropole et les colonies : « La France ne s’était jamais écartée des lois prohibitives, lorsqu’un homme de génie, Jean-Baptiste du Buc, fort connu par l’étendue de ses idées, l’énergie de ses expressions, voulut tempérer la rigidité de ce principe ».

          Sa tournure d’esprit pratique et positive l’apparentait plutôt aux hommes de bon sens comme le ministre Bertin et l’avocat Moreau qu’il rencontrait dans les salons parisiens. Moreau raconte l’avoir entendu parler astronomie avec beaucoup de science et d’esprit chez Monsieur d’Affry. Mais c’était là un passe temps intellectuel qui n’entamait pas son solide jugement.

          Il voulait qu’on mît pour épitaphe aux livres des économistes : « Le malade pourra en mourir, mais ce n’en sera pas moins une très belle opération ».

          Le Clan des Physiocrates, avec lequel il sympathisait, le sacra « citoyen d’un rare mérite ». Jean-Baptiste du Buc faisait parti de ces aristocrates-planteurs qui se réunissaient dans un club parisien, ancêtre du club Massiac de 1789.

 

Il défend son système économique « l’exclusif mitigé ».

 

          La Guerre d’Indépendance Américaine (1778-1783) ayant rendu le ravitaillement des colonies impossible, les lois commerciales prohibitives tombèrent en désuétude.

          La ville de Saint-Pierre devint le port  le plus attractif des Antilles, au grand bénéfice des colons. La paix étant faite, la loi du 30 août 1784 permit d’ouvrir un certain nombre de ports des Petites Antilles au commerce international.

          Ce système de l’ « Exclusif Mitigé », fut attaqué. Jean-Baptiste Ier du Buc, qui l’avait conseillé, le défendit dans « Le Pour et le Contre sur un objet de grande discorde et d’importance » en 1784 ; « Lettres Critiques et Politiques sur les Colonies et le Commerce des Villes Maritimes de France », (avec P.U. Dubuisson), Genève et Paris, en 1785. In-8, 264-13p. ; Réponse au Contradicteur de la Brochure Intitulée Le Pour et Le Contre , Londres, en 1785. In-4°, 138p.

Le célèbre livre de Jean-Baptiste du Buc.

Livre intitulé « Réponse à la brochure intitulée Le Pour et Le Contre » Londres et Paris, 1785, in-4 de 63 pp, demi-veau brun, dos orné, pièce de titre rouge en long, en provenance du château de Chissaye-en-Tourraine près de Chanteloup et Blois, jadis propriété du « Grand » Jean-Baptiste du Buc (1717-1795), écrivain et économiste de renom à la Cour. Collection Du Buc.

Une fin de vie tourmentée : voyages, création de la raffinerie « Dubuc-Boucherie », dettes, retraite, prison, et liberté retrouvée.

 

          En 1785, Jean-Baptiste apura ses comptes avec le Ministère. Il s’était fait en quelque sorte depuis près de trente ans le grand banquier des îles. Il recevait depuis 1754 du trésorier de la Marine 100 000livres par an en contrepartie de lettres de change qu’il tirait sur les propriétaires et gérants des grandes habitations, sur lui-même, en un mot sur tous les importateurs de sucre en France. Ce système commode avait fonctionné parfaitement pendant longtemps. Mais  Monsieur du Buc avait été trompé par un associé nommé Boucherie qui était partisan des nouvelles méthodes de raffinage. Tous les deux avaient crée « la raffinerie Dubuc-Boucherie » qui était la seule autorisée aux Antilles, par un privilège spécial, à recevoir les marchandises des navires de plus de 60 « tonneaux ». Les du Buc importaient du riz, du maïs, des légumes, de la morue, du poisson, du bœuf salé et du charbon de terre.

          Vers 1783, deux raffineurs bordelais qui avaient travaillé jusqu’alors avec les sucres bruts de la Martinique, mais dont la raffinerie venait de  brûler, affirment avoir découvert et mis au point le moyen de raffiner 90Ld de sucres à partir de 100Livres de brut au lieu des 60 habituels. Ils ont fait contrôler l’expérimentation de leur secret dans une raffinerie à Bercy, à Paris, dans laquelle Jean-Baptiste du Buc s’est dépêché de prendre 1/3 des intérêts.

          Comme il n’y avait plus de raffinerie à la Martinique depuis 1695, date de son interdiction par les raffineurs métropolitains, Jean-Baptiste du Buc veut quand même en rétablir une. Il s’associe donc, en 1785, aux frères Boucherie, possesseurs exclusifs du privilège de leur procédé. La raffinerie « Galion-Grands Fonds » est donc créée et la société « Dubuc-Boucherie » est constituée. Grâce au duc de Castries, Jean-Baptiste a obtenu l’extension de cette autorisation de raffinage pour sa société martiniquaise. Et en plus, il peut vendre son sucre aux Etats-Unis, et aux Antilles !

          Le frère aîné Boucherie arrive à la Martinique en 1784 pour diriger l’affaire sans connaître vraiment l’agriculture martiniquaise. En mauvais entrepreneur, tout le personnel (y compris les esclaves) est au travail pour construire des nouveaux bâtiments de raffinage pendant deux ans. Mais, il oublie de faire planter la canne. Résultat : la société « Dubuc-Boucherie » n’a pas de canne à sucre à broyer et elle ne peut même pas acheter du sucre brut aux habitations voisines car il n’y a plus d’argent de côté.

          Le 7 juillet 1786, Jean-Baptiste du Buc adresse une dépêche pour le moins alarmante au ministre le Maréchal de Castries : «  vous  êtes le seul  qui puisse me soutenir  dans mes malheurs présents. Des trahisons successives m’ont conduit invinciblement à la plus affreuse des positions… Mes gens d’affaire m’ont rendu le plus malheureux des hommes… Ils ne m’ont rien envoyé depuis longtemps et ont dépensé tout… Je dois m’exécuter par l’abandon de tout ce que je possède et jusqu’à celui de ma personne ».

          Il s’était donc ruiné car ses lettres de change avaient été protestées en même temps que son sucre n’était pas livré. Il se trouvait donc devoir au roi  1 580 527 Livres, qu’il engagea à payer en 10 annuités, plus 5%. Faute de quoi, tous ses biens devaient être saisis au profit du roi.

          Jean-Baptiste, qui ne disposait plus que d’une rente de 13 000 Livres, quitta Paris en 1786, et décoré du titre d’Intendant Général, revint à La Martinique, où il tenta en vain de mettre de l’ordre dans ses affaires. Il y resta deux ans pour aider sa famille dont quelques dettes et procès mettaient en péril sa notoriété.

          Il revint définitivement chez lui au château de Chissay-en-Tourraine en France en 1789 et lors des évènements révolutionnaires, il fut élu Président des colons électeurs de La Martinique, domiciliés à Paris, et réunis chez son frère Julien Antoine du Buc du Ferret. Le procès verbal de cette réunion existe aux archives des colonies.

          Il avait acquis du duc de Choiseul-Praslin, son ami, la terre du château de Chissay-en-Tourraine (41), près de Chanteloup à côté de Blois. En 1795, cette immense propriété passera dans les mains de Marie-Jacques Gaigneron, comte de Marolles, allié par sa mère à l’impératrice Joséphine.

          Quoique fortement attaché aux principes de la monarchie, il conserva toujours une grande indépendance d’opinion ; il exprima une profonde horreur pour l’assassinat judiciaire de l’infortuné général Lally-Tolendal.

           Les Révolutionnaires n’ont jamais voulu tuer le « Grand du Buc », mais sa participation à un gouvernement monarchique ne lui a pas été un atout. Son ennemi, Janvier Littée, député de la Martinique, le dénonça pendant  la Terreur. Arrêté, il fut incarcéré à Pontlevoy le 30 mars 1794, puis à Blois au « repaire des suspects ». La chute de Robespierre le tira de prison et le sauva après le 9 Thermidor.

            Jean-Baptiste avait un sang-froid incroyable. Lorsqu’il était en prison, il s’écriait chaque matin en guise de prière : « Mon Dieu, vous voyez le gaillard ! ». Il lisait tous les jours son bréviaire et donnait du courage et de l’espoir aux autres prisonniers grâce à sa gaieté et à son rire inoubliable. Ses codétenus l’admiraient.

          Il mourut à Paris le 13 juillet 1795 en son domicile au 14, rue de Cléry. Son acte de décès se trouve dans l’Etat-Civil reconstitué de la Ville de Paris aux Archives Municipales. Dans cet acte, l’homme de génie des lettres et des sciences respecté à la Cour de Versailles sera déclaré « citoyen Dubuc agriculteur » par les autorités révolutionnaires !

Les phrases retenues dans les ouvrages historiques.

 

-« Ici tout est Dubuc » s’était écrié François Louis de Salignac, marquis de Fénelon (1722-1764) gouverneur de la Martinique, rentrant d’une inspection au quartier de La Trinité en 1764 (il fut Gouverneur de janvier 1763 à avril 1764).

-« Le malade pourra bien en mourir ; mais ce n’en sera pas moins une très belle opération » par Jean-Baptiste du Buc, selon Madame Necker, « Mélanges ».

-« L’homme qui avait fait dans sa vie une douzaine de définitions claires et exactes n’avait pas perdu son temps » par Jean-Baptiste du Buc.

-« La France ne s’était jamais écartée des lois prohibitives, lorsqu’un homme de génie, Jean-Baptiste du Buc, fort connu par l’étendue de ses idées, l’énergie de ses expressions, voulut tempérer la rigidité de ce principe » par l’abbé Raynal, « Histoire Philosophique et Politique », tome V, page 167.

Généalogie succinte.

(La généalogie complète des DU BUC aînés martiniquais, titrés « comte du Buc » par Louis XVIII, est décrite dans le livre « La Saga des Du Buc ».)

Jean-Baptiste Ier du Buc, dit « le Grand Du Buc » par la reine Marie-Antoinette, écuyer, chevalier, avocat, né en 1717, mort le 13 juillet 1795 à Paris sous le nom « Dubuc cultivateur » par les autorités révolutionnaires, demeurant 74 rue de Cléry à Paris, châtelain de Chissay-en-Touraine, agriculteur-planteur, littéraire, économiste, négociant triangulaire, industriel, créateur de la Société de Raffinage DuBuc-Boucherie et de la Raffinerie Galion-Grands-Fonds, opposant à l’exclusif mitigé, chef du bureau des colonies, intendant des colonies, syndic de la Compagnie des Indes Françaises, président de la Chambre de Commerce et d’Agriculture, Président des colons électeurs de la Martinique, citoyen du Clan des Physiocrates,  ami intime du Ministre Choiseul, de Mme Necker, de Mme du Deffand, de Grimm, de Diderot, Voltaire, d’Alembert, de l’abbé Raynal, de Mr d’Affry, de Mr Moreau, emprisonné pendant la Révolution puis libéré mais ruiné,

+ marié le 28 février 1742 avec Marie Anne (de) FEBVRIER, née à Saint Pierre le 10 juillet 1725, décédée à Roseau (île de la Dominique) le 11 juillet 1793, fille de François Lambert (de) Fébvrier et de Jeanne Lopès du Rocher. (7 enfants sont issus de ce mariage). Toute la généalogie complète se trouve dans « La Saga des Du Buc ».

Quand le comte de Cheverny fait, à travers son livre de mémoires, un éloge à Jean-Baptiste du Buc surnommé le « Grand Du Buc » à la Cour de Versailles. Ils sont emprisonnés ensemble aux Carmélites pendant la Révolution, et se lient d’amitié.

 

« Mémoires sous les règnes de Louis XV et Louis XVI et sous la Révolution par JN Dufort, comte de Cheverny », Tome Second, Pages 219-220-221, Librairie Plon, Paris, 1886, 1781-1802. On peut voir ce document dans « La Saga des Du Buc ».

Château de Chissay-en-Tourraine, près Montrichard (Loir-et-Cher),

Propriété des Du Buc. 

Au XVIIIème siècle, le château de Chissay-en-Tourraine a appartenu à Jean-Baptiste du Buc, ancien chef du bureau des colonies sous Choiseul, grand économiste-écrivain-philosophe… Il avait acheté ce domaine à son ami le duc de Gramont. Pour éviter qu’on lui prenne pendant la Révolution, « craignant qu’on ne lui rende responsable de la conduite de son fils » (Louis-François du Buc, futur Intendant de la Martinique) qui joua un rôle important à la Martinique (l’île était passé sous le joug anglais durant la Révolution). Jean-Baptiste du Buc « s’était donc retiré au château de Chissay où il avait fait une vente simulée à son neveu du même nom » Jean-Baptiste-César du Buc de Saint-Olympe « qui avait épousé sa nièce, pour ne donner aucune prise sur lui et vivre ignoré » selon le comte de Cheverny dans ses mémoires (pages 220-221). On peut voir des cartes postales anciennes du château de Chissay dans le livre « La Saga des Du Buc ».

Historique du château de Chissay-en-Tourraine. 

L'Histoire (avec un grand H) aura plusieurs fois rencontré Chissay au cours des siècles. Situé entre Montrichard et Chenonceaux, cet ancien château fort a été construit sous Charles VII pour le trésorier de France Pierre Bérard, époux d'Anne de Ronsard. Charles VII et Louis XI ont séjourné ici, de  nombreux actes royaux en font foi. Le 19 avril 1543 Bérard vend le domaine à Philibert Babou, seigneur de la Bourdaisière, argentier du Roi et surintendant des Finances, au prix de 16 690 livres. Le château reste dans la famille puis passe dans les mains du duc de Choiseul jusqu'à la veille de la Révolution. Choiseul cède Chissay à son ami Jean-Baptiste du Buc homme de mérite et de belle fortune qui fera connaissance avec les prisons révolutionnaires.
A sa mort en 1795 Chissay devient la propriété de Marie-Jacques Gaigneron, comte de Marolles, allié par sa mère à l'impératrice Joséphine. Pendant plus d'un demi-siècle, Gaigneron reste propriétaire de Chissay et maire de la commune. Le château connait des fortunes diverses; son architecture recevant au cours des siècles la contribution de ses différents propriétaires.

Successivement détenu par le baron et la baronne de Gartempe, puis par leurs descendants les Costa de Beauregard, ce sont donc les membres de cette famille qui accueillent en Juin 1940 Monsieur Paul Raynaud. Le chef du gouvernement y installe son quartier général. Dans le grand salon se tiennent alors des conférences politiques et militaires. Chissay voit passer le général Weygand, l'ambassadeur de Grande-Bretagne, des ministres... qui restent en liaison avec le Président de la République résidant à 30 km de là, au château de Cangé. Le 12 Juin, le Général de Gaulle arrive à Chissay pour présenter à Paul Raynaud son projet de réduit breton. Chissay venait d'être témoin de l'agonie de la IIIe République. Ce jour-là, l'avenir de la France s'est joué derrière les murs épais du château. Aujourd’hui, ce château est un Hôtel-Restaurant du Groupe « Les Hôtels Particuliers » appartenant aux frères Philippe et Gérard SAVRY.

Une biographie de l’homme de lettres et économiste Jean-Baptiste du Buc, dit « le Grand du Buc » est faite par notre cousine Mme Anne-Marie Martin du Theil en 1932 dans :

 

 « Silhouettes et Documents du XVIIIème s, ou l’histoire d’une Sultane Française » , Périgueux, Imprimerie Commerciale et Administrative, 1 bis rue Victor Hugo. Un volume, avec gravures, couronné par l’Académie Française, publié à 200 exemplaires sur papiers bouffant MAC des papeteries Prioux, foliotés de 1 à 200. Ce livre a reçu en 1933 une médaille de bronze de la Société d’Encouragement au Bien, déclarée d’utilité publique. Ce livre a été également l’objet d’une récompense plus flatteuse encore et a reçu un prix de l’Académie Française. En 1935, lors du Tricentenaire des Antilles, ce livre a fait l’objet de conférence à Limoges le 3 mai 1935 par Mme Martin du Theil, le 22 mai 1935 par le Docteur Dufougeré sous la présidence de Mr Henry Lémery, sénateur de la Martinique. Collection Famille Du Buc. Ce document reproduit se trouvent dans « La Saga des Du Buc ».

Jean-Baptiste du Buc, dit « le Grand du Buc »,

par le martiniquais Henry Lemery (1874-1972), avocat, député, sous-secrétaire d’Etat, sénateur, Ministre de la Justice (Garde des Sceaux), dans son ouvrave « La Révolution Française à la Martinique » (Edition Larose, Paris, 1936). Pages 12 et 13.

« Pour ce qui est du député, la colonie aussi bien que la Métropole n’eurent qu’à se louer de leur choix. Sur trois candidats proposés par le Conseil Supérieur, Choiseul avait agréé Jean-Baptiste Du Buc, membre d’une des plus puissantes familles de planteurs et type achevé du grand blanc. Nommé en 1759, il fut confirmé dans ses fonctions en 1763. Le succès personnel qu’il rencontra à la Cour de Versailles, les honneurs et les profits qu’il y sut gagner, ne lui firent pas oublier les intérêts des Iles du Vent. Devenu premier commis au bureau des colonies, il obtint du Conseil du Roi l’ouverture à Sainte-Lucie et à Saint-Domingue de deux ports d’entrepôt où serait autorisé le trafic avec les navires étrangers. « Quand Du Buc cessa ses fonctions de premier commis en 1770, la cause des colons perdait, auprès du pouvoir, son meilleur avocat », disait A. Duchène dans la politique coloniale de la France. »

                                                                                     FIN

                                                                             Y.B. du Buc de Mannetot

 

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