Pas de cachot au "Château Dubuc" !

Pas de cachot au château ! (sous l'escalier du Pavillon dit "Château Dubuc")

Pas de cachot au château !

Que représentent les « graffiti » ou « tags » des bateaux gravés sur les murs du « Château Dubuc » à La Trinité de la Martinique, et également sur les murs l’église de Trouville-La-Haule, près du château de Guéville en Haute-Normandie où habitaient les Du Buc ?

Souvent les inscriptions des moines ou des villageois sur les murs des églises normandes ou des demeures normandes représentent des bateaux et des ancres de bateaux.

Exceptionnellement, les graffitis du XVIIème siècle, inscrits sur les murs de l’église de Trouville-La-Haule, à droite en arrivant côté manoir de La Haule (propriété de la famille Lericque dit aussi Le Ricque depuis environ 1875) représentent des bateaux et des ancres de bateaux (une trentaine en tout !). En 2006, des rumeurs de cachot sous l’escalier du « château Dubuc » s’étendaient dans la presse, les magazines, et les sites internet, à la grande stupéfaction de la famille Du Buc et d’historiens qui n’avaient jamais entendu des propos aussi absurdes, car il n’y avait aucune preuve écrite dans les archives, y compris dans les souvenirs des anciens.

Alors, dès 2006, Y.B. du Buc de Mannetot s’est penché sur cette rumeur… Y a-t-il eu un cachot et des prisonniers sous l’escalier du « Château Dubuc » ? Et bien non ! Voici l’explication qui, d’ailleurs avait été déjà reproduite en partie dans le livre paru en septembre 2008 « Si la Martinique m’était contée… à travers l’histoire des chevaliers du Buc de la Normandie à la Martinique…en passant par la Turquie 1493-1848 » (page 18), complétée par les historiens locaux, et reprise dans « La Saga des Du Buc » en juillet 2013 (pages 348-349-350 du tome I) :

« Ces bateaux gravés sur les murs de l’église de Trouville, témoignent que ce village comprenait beaucoup d’armateurs-seigneurs, de marins-villageois, de gardes des rives, de « tisseuses de filets », de vendeurs de produits des Antilles dont le fameux rhum des Du Buc et des Du Quesne qui habitaient le village. Un graffito a même été réalisé par moulage en 1995 par Anne-Sophie Auger qui s’est beaucoup intéressée sur ces bateaux gravés non seulement sur les églises mais aussi sur les granges et châteaux des environs…

C’est l’historienne réputée du canton de Pont-Audemer, Mme Madeleine Jotte, qui a apporté le résultat de ses recherches avec les témoignages de :

-Mr André et Mme Gisèle MERCIER demeurant au domaine du château de Guesville, et Mr Raymond et Mme Yveline ROSAY demeurant au chemin Perrey proche le château, rencontrés le samedi 1er août 2009.

-Mme Maria LERICQUE et son fils Mr Pascal LERICQUE, propriétaires du domaine abbatial de Trouville-La-Haule (manoir et  ferme de La Haule) rencontrés le samedi 1er août 2009.

-Mme Mamita ROTA, demeurant proche l’église, rencontrée le 21 août 2009.

-Mme Evelyne DESMARAIS, maire de Trouville-La-Haulle, rencontrée le 11 décembre 2009 avec ces mêmes personnes.

D’après la tradition, en gravant leurs bateaux, les seigneurs-armateurs du village (les Du Quesne, les Du Buc à Trouville-La-Haule ou encore les Fortin à Quillebeuf par exemple) et les marins-villageois demandaient la protection de Dieu pour leur bateaux qui partaient pour de longs voyages.. Ces murs gardent donc le souvenir de la grande aventure océane à travers de tels graffiti.

En principe, dans ces villages normands près de La Manche, les fils aînés des petits seigneurs de campagne reprenaient la terre, et les cadets devenaient militaires ou officiers-marins du roi. Les habitants étaient métayers, cultivateurs, marins. Beaucoup de femmes du village fabriquaient les filets de pêches. Il faut savoir, en effet, qu’un petit port dit le port de Courval existait à Trouville-La-Haule, près du lieudit « Le Bout-des-Hayes », semble t-il. Il y avait même, au temps de nos rois, les Dardes des Rives (police royale) pour protéger les bateaux des armateurs entre Quillebeuf et Trouville-La-Haule et même Vieux-Port… souligne l’historienne locale normande Madeleine JOTTE. On peut rappeler un naufrage qui resta dans les mémoires des villageois normands : le navire « Le Télémaque » avec son trésor perdu à jamais… Un café de Quillebeuf-sur-Seine en a d’ailleurs porté le nom de ce bateau en souvenir, comme le souligne Mamita ROTA, habitante de Trouville-La-Haule près de l’église.

         A titre personnel, j’ai connu durant ma jeunesse les fêtes religieuses en été à Port-en-Bessin, dans le Calvados, où toute la population, élus et religieux compris, participait à ces lectures religieuses, à ces gravures de bateaux sur bois ou pierre, et à ces décorations florales merveilleuses, aussi bien dans le port qu’à l’église. C’est au 15 août que cela se faisait.

         L’escalier du château Du Buc situé sur la presqu’île de La Caravelle à la Martinique, était compris dans une tourelle carrée au sommet de laquelle se trouvait une cloche pour sonner les heures de travail, de repos, et de repas. Contrairement à ce qui peut être dit aujourd’hui, il n’y a jamais eu de cachot à La Caravelle. Et les inscriptions (gravures dans la pierre) situées au bas de l’escalier ne sont pas l’œuvre de prisonniers. Ces inscriptions de bateaux ont été faites lors de prières que les « femmes de marin - femmes de chagrin » récitaient selon la tradition des bénédictions religieuses « au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit, bénissons la mer. Mettons sous la garde de Marie nos voiliers, nos doris, nos hommes embarqués, les filets, les voiles et les cordages ». Cette prière et ces gravures se faisaient tous les 15 août (fête de Marie) où lorsqu’un nouveau bateau venait d’être construit. Les curés normands (Fécamp, Dieppe, Le Havre, Quillebeuf-sur-Seine, Honfleur, Harfleur, Port-en-Bessin, Arromanches...) ou martiniquais (La Trinité, Fort-de-France, Saint-Pierre) récitaient ces prières en compagnie des femmes face aux bateaux sur lesquels étaient montés les marins. Des guirlandes de fleurs décoraient les rues du port, l’église, et les bateaux. Ces prières sont reprises par le professeur Hervé Eveno dans son livre écrit en 2008 et intitulé « les dictons et expressions populaires de Normandie ». »

                                                                                       Fin

                                                                               Y.B. du Buc de Mannetot

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